Tu aimes les jolies filles mais tu es trop timide pour solliciter des prestations en nature.
Un sentiment de solitude accompagne ce que tu appelles ton existence, une existence que tu ne dois, note-le bien, qu’à un concours de circonstances absurde.
Tu aimerais bien écrire mais ta famille est contre. Ton père ne te comprend pas.
Tu as l’impression que ta sexualité a été laissée en friche par les sciences humaines. C’est possible. C’est même probable. Inutile d’insister de ce côté-là.
Oublie les sociologues et lis plutôt le dernier un roman de Patrick Ourednik.
Voici comment l’auteur décrit la relation père/fils :
« Dyk senior se carrait dans le seul fauteuil de la maison et posait sur son fils un regard distrait : - Chiale, chiale, fiston, c’est toujours ça que tu ne pisseras pas».
Si tu penses que cette première scène est assez cruelle, lis plutôt ça :
«Il suffisait d’adopter un ton de circonstance, fataliste, un peu effacé, afin d’éveiller chez ses collègues une nouvelle vague de sympathie pour sa personne et décrocher une nouvelle baise».
Oui, tu as bien lu. Le père utilise le malheur du fils pour attendrir ses collègues,et, ce faisant, pour décrocher une nouvelle baise. Que faut-il en conclure ?
Cette absence de lyrisme dans la restitution du dialogue père/fils peut te surprendre. Elle constitue pourtant la base de ta guérison. Cette guérison requiert de ta part une position très ferme sur les sentiments, ou plutôt sur leur vacuité. Qu’il s’agisse de ton père ou de tout autre parent proche, tu apprendras à leur contact ce que tu es : rien. Tu liras très attentivement ce romancier et tu entreras dans la dimension non-sentimentale de la vie. La vacuité cessera d’être un problème. Cette découverte fera de toi un homme libre, et, comme par hasard, les filles commenceront à te trouver drôle, spirituel, attachant. Alors tu répandras le nom de ce romancier tchèque injustement méconnu, tu remueras ciel et terre pour qu’il soit lu, et, pour la première fois de ton existence, tu auras raison.
Patrick Ourednik, Classé sans suite, Allia, 2012, 7 euros.