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Leibniz (1646-1716). Un type bien qui nous manque beaucoup.
Si j'étais un exploité (ce qu'à Dieu ne plaise) je pense que je ne laisserais personne dire que le monde est en crise. La crise est le mot préféré des imbéciles et des puissants. Il permet de diluer les responsabilités individuelles (voyez l'usage de ce terme en politique toutes les fois qu'il s'agit d'excuser un bilan particulièrement déplorable), ou, ce qui revient au même, de demander aux pauvres de contribuer solidairement au renflouement des riches. Sans ce petit mot diabolique, il serait impossible de réaliser ce prodige : demander à ceux qui n'ont rien fait de se serrer la ceinture. Même Dieu n'y avait pas pensé : punir l'innocent pour les péchés du coupable. On comprend que ce mot soit invoqué par les banquiers, repris par les experts, puis relayé par tous les journalistes du royaume. Le comble est atteint lorsque le bas peuple, croyant faire montre d'une admirable lucidité politique, paie son tribut au Souverain Poncif en parodiant l'inquiétude des élites. Il est vrai que se soucier du futur vous donne un air intelligent sur un plateau de télévision. Il n'en reste pas moins que, si j'étais un exploité, je me méfierais comme de la peste du mot "crise". Quel terme lui opposer ? Voltaire prête à Leibniz la formule suivante : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Etant donné l'usage éhonté que les partisans de l'austérité font du pessisme ambiant, j'ose affirmer qu'elle constitue une excellente formule contre les prophètes de malheur qui n'attendent que le malheur pour enfoncer la tête du peuple sous l'eau.
"Only two topics can be of the least interest to a serious and studious mind, écrivait Yeats : sex and the dead". Roland Jaccard s'intéresse justement à ces deux choses. J'en conclus qu'il n'est pas sérieux. Autant dire qu'il est ici chez lui.
Voici le petit texte sur David Lévine qu'il nous a fait parvenir. Précisons que David Lévine est l'auteur d'un recueil de nouvelles intitulé "Le Christ s'est arrêté à Bagnolet (et autres récits improbables)" que R. Jaccard a publié dans sa revue, Perspective Critique, n°3.
Précisons que Roland Jaccard ne doit pas être confondu avec Albert Jacquard. Alors que ce dernier veut vous aider à vivre, Jaccard, lui, ne veut rien du tout. Mes lecteurs apprécieront, je l'espère, la différence. Cette philosophie tient en une phrase : ich habe mein Sach auf Nichts gestellt (je n'ai basé ma Cause sur rien), philosophie que nous appuyons sans réserve.
"S'il me fallait résumer de manière simple la loi complexe, dite loi de David Lévine, du nom de son génial inventeur, qui en apporté maintes fois la preuve, je la formulerai ainsi (au risque de la trahir) : les adeptes d'une certaine discipline sont toujours particulièrement nuls dans ce qui relève précisément de leur domaine de compétence. Ainsi, les historiens oublient le passé, les psychologues ne parviennent pas à surmonter leurs émotions, les économises commettent des dépassements de budget, les sociologues sont incapables d'organiser leurs relations sociales et les philosophes se foutent carrément du monde....ce qui leur vaut d'ailleurs une large part de leur réputation.
David Lévine apprécie, entre toutes, cette citation d'Aristote qui l'a rendu livide lorsqu'il l'a découverte pour la première fois : " ....la douleur muette et
aveugle de toutes les choses qui ne sont pas ce qu'elles voudraient être. " il reconnaît d'ailleurs volontiers que c'est elle qui l'a mis sur la voie de ce qu'il a par la suite décrit comme
l'aveuglement généralisé de l'espèce humaine et qui lui a valu cette gloire universelle qu'il a accueillie avec ce détachement et cette modestie que ses proches apprécient en lui. Il répète
volontiers qu'il n'est pas donné à tout le monde de faire une grande découverte, mais qu'on déraisonne quand on veut en connaître les raisons. Nous avons encore beaucoup à apprendre de
lui".
RJ